« Faire confiance avec patience à la fidélité et au temps de Dieu« 

Chères Sœurs,

A la veille de la célébration de la 30éme Journée de la Vie Consacrée, c’est une joie de venir vers vous à travers cette lettre. Comme d’habitude, cette célébration nous donne l’occasion de nous souvenir de l’attachement de notre Chère Mère à la fête de la Présentation de Jésus au Temple. C’est donc pour nous, à sa suite, une journée qui nous invite à nous réjouir du don de la vie consacrée, signe d’espérance, « une espérance active qui engendre des attitudes et des gestes de paix », comme le souligne la lettre du Dicastère pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique.

Témoins de la beauté de Dieu, au cœur de l’humanité défigurée par tant de violences, cette journée nous invite à contempler la patience confiante de Syméon et d’Anne. En effet, St Luc, dans le texte de l’évangile proposé par la liturgie du jour, nous dit que le vieillard Syméon « était un homme juste et religieux qui attendait la consolation d’Israël » (Luc 2, 25). Aussi, le pape François, dans l’homélie prononcée lors de la journée mondiale de la Vie Consacrée le 2 février 2021 disait que la patience du vieillard Syméon était un « miroir de la patience de Dieu ». Permettez-moi de citer un extrait de cette homélie : « Regardons la patience de Dieu et celle de Syméon pour notre vie consacrée. Et demandons-nous : qu’est-ce que la patience ? Certainement, elle n’est pas une simple tolérance des difficultés ou un support fataliste des adversités. La patience n’est pas un signe de faiblesse : elle est la force d’âme qui nous rend capables de « porter le poids »,de supporter : supporter le poids des problèmes personnels et communautaires, qui nous fait accueillir la diversité de l’autre, qui nous fait persévérer dans le bien même lorsque tout semble inutile, qui nous fait rester en chemin même quand l’ennui et l’acédie nous assaillent. »

Le pape François nous rappelait que la patience nous aide à nous regarder nous-mêmes, nos communautés et le monde avec miséricorde. Il parlait du besoin de la patience courageuse pour chercher ce que l’Esprit Saint attend de nous, dans l’humilité, la simplicité, « sans grande publicité ».

Regardons maintenant la prophétesse Anne, dont le texte nous donne de détails bien concrets : Prophétie de la présence: Vie consacrée: là où la dignité est blessée et la foi mise à l’épreuveElle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. (Lc 2.36-38) Cette femme me semble être une image de fidélité dans l’attente : une vie offerte dans la fidélité. Elle représente la fidélité persévérante de ceux qui font confiance à Dieu dans la durée. Son attente se traduit par une espérance active, espérance enracinée dans la fidélité et le temps de Dieu. Tout au long de sa vie elle a su faire confiance avec patience à la fidélité et au temps de Dieu. C’est dans la fidélité quotidienne de l’ordinaire qu’elle a cherché Dieu qu’elle reconnait dans l’enfant Jésus. Anne devient alors prophète : elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Aux femmes consacrées que nous sommes, elle nous apprend à persévérer, à entrer dans le temps de Dieu pour devenir prophétie de la présence, à choisir la fidélité plutôt que le succès. Regarder cette femme, image de la fidélité, c’est une invitation à nous mettre à l’école de la patience, à l’école de la confiance en Dieu. Syméon et Anne ont su attendre toute une vie et leurs yeux ont été capables de voir au-delà, alors que le poids de l’âge, la lassitude, la souffrance, etc. auraient pu obscurcir leur regard ! Mais on devine que la jeunesse du regard qui leur a permis de reconnaitre le Messie dans l’enfant Jésus, est un regard habitué à la prière persévérante, enracinée dans l’espérance du peuple d’Israël. En venant au Temple, Marie et Joseph pensaient accomplir la loi : « Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi… » (Lc 2,22) Or, leur démarche en fidélité à l’observance de la Loi de Moïse a permis la rencontre de la prophétie de l’Esprit Saint…Ainsi, si Syméon et Anne sont un miroir de patience et une image de fidélité dans l’attente, Marie et Joseph sont une icône d’abandon total et de confiance absolue. Dans leur docilité à l’Esprit Saint, par les mains de Marie et de Joseph, c’est Jésus qui s’offre à son Père pour faire sa volonté. Le texte souligne que « Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui ».

L’attachement de notre Fondatrice à cette fête, manifeste le cœur du charisme qu’elle a reçu et transmis : La Vierge Marie qui porte Jésus au temple et l’offre au Seigneur. Ceci exprime l’attitude de l’Eglise qui continue d’offrir ses fils et ses filles au Père et les associe à l’unique oblation du Christ, cause et modèle de toute consécration dans l’Eglise. Que cette fête nous apprenne davantage que faire confiance avec patience à la fidélité et au temps de Dieu, c’est accepter d’entrer dans une dynamique d’abandon et d’espérance. Cela nous demande de consentir humblement à ne pas toujours comprendre le chemin tracé, mais à s’ouvrir avec foi à la promesse que Dieu réalise son œuvre dans le secret, selon son rythme. Alors, ensemble, nous témoignerons de la miséricordieuse bonté du Cœur de notre Dieu.

Bonne fête à chacune !

Sr Beny Gamallo Sup. Générale