Lettre pour la solennité du Sacré-Cœur
12 juin 2026
Un cœur humain…
L’intelligence artificielle prend aujourd’hui beaucoup de place dans nos échanges et suscite des
avis différents. Dans sa récente encyclique Magnifica humanitas, le pape Léon XIV nous
rappelle un point essentiel : l’être humain doit toujours rester au centre de l’intelligence
artificielle. Cela nous conduit à nous demander comment rester pleinement humaines dans un
monde où tout semble pouvoir se mesurer et s’évaluer. En cette fête du Sacré-Cœur, nous
pouvons accueillir cette question avec confiance et espérance : même dans un monde
transformé rapidement par l’IA, Dieu continue de l’aimer d’un amour fidèle et sans mesure :
« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui
ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3,16).
Pour rester pleinement humaines à l’ère de l’IA, nous sommes appelées à faire grandir en nous
l’intelligence du cœur, cette intelligence spirituelle qui touche notre vie intérieure et nos
relations. Elle nous aide à aimer, à écouter, à respecter, et à reconnaître ce qu’il y a de plus vrai
en nous. Aucune technologie ne peut remplacer cela. En regardant Jésus sur la Croix, le côté
ouvert, nous comprenons que chaque personne a une dignité infinie et mérite respect et
attention. Le Christ a donné sa vie pour nous redonner cette dignité : « Le Christ m’a aimé et
s’est livré pour moi » (Ga 2,20).
En contemplant le Cœur du Christ, nous découvrons des sentiments humains qui nous révèlent
combien Dieu nous aime. Le pape François nous le rappelle dans l’encyclique Dilexit Nos (n°
65) :
« Dans l’image du Cœur du Seigneur se révèle un triple amour qui nous
émerveille : d’abord l’amour divin infini présent dans le Christ ; ensuite
la dimension spirituelle de son humanité, car le cœur est le symbole de
cette ardente charité qui anime sa volonté humaine ; enfin, le symbole de
son amour sensible. »
Dans notre monde, marqué par la violence, la technique, l’efficacité et le besoin de contrôle, la
tendresse, la douceur, la miséricorde et la compassion sont parfois vues comme des faiblesses.
Pourtant, ce sont bien ces sentiments qui habitaient le cœur du Christ. C’est pourquoi nous
avons besoin de l’intelligence du cœur pour aller au-delà des apparences et entrer dans la vérité
de l’amour. Cette intelligence est une sagesse, un don de l’Esprit Saint. Elle nous apprend à
accueillir l’amour de Dieu, à nous laisser transformer par lui, puis à nous tourner vers les autres
avec respect, proximité et charité. Ainsi, nous pouvons redire avec foi : « Dieu est amour » (1
Jn 4,16).
Notre vocation d’amour et de réparation nous appelle à vivre notre mission avec l’intelligence
du cœur, dans un monde qui continue de souffrir et d’espérer. Comme le rappelle l’encyclique,
une machine ne peut ni aimer, ni prier, ni pardonner, ni souffrir avec quelqu’un, ni donner sa
vie par amour. C’est pourquoi notre charisme reste profondément actuel et nous invite à une
fidélité créative.
Pour laisser nos cœurs devenir semblables à celui de Jésus, nous avons besoin de lucidité et de
patience. Il nous faut reconnaître les émotions et les mouvements intérieurs qui nous traversent,
parfois nous secouent, nous fatiguent ou nous blessent. Ils ont une grande place dans nos
relations et demandent notre attention, dans le respect de l’autre. C’est pourquoi nous sommes
appelées à cultiver l’intelligence du cœur. Mettons-nous ensemble à l’école du Cœur de Jésus,
afin qu’il nous apprenne à aimer comme lui.
Je souhaite à chacune une belle fête en communauté fraternelle.
Avec toute mon affection dans le cœur de Jésus,
Sœur Beny Gamallo Feijoo, scj
Supérieure Générale
